Au cœur du Pays de Bray, notre territoire est une véritable terre de tradition. Habité dès la préhistoire, de nombreux récits sur les particularités naturelles, géologiques ou même gastronomiques locales sont transmis de génération en génération.

Ces légendes font partie intégrante du charme de notre région. Drôles, étonnantes ou parfois inquiétantes, ces histoires nourrissent l’imaginaire et rendent chaque visite inoubliable.

C’est pourquoi nous vous emmenons aujourd’hui à la découverte des légendes mystérieuses bien gardées des 4 Rivières en Bray.

Le cœur de Neufchâtel

Incontournable du Pays de Bray, ce fromage à pâte molle séduit par son goût ainsi que sa jolie forme de cœur. La légende raconte que pendant la guerre de Cent Ans, les jeunes filles du Pays de Bray offraient ce fromage en forme de cœur aux soldats anglais dont elles étaient éprises.

Une déclaration gourmande et audacieuse, devenue un véritable emblème de la région !

Le Petit Suisse

C’est à Villers-sur-Auchy, juste à côté de Gournay-en-Bray, en 1828, que ce petit fromage onctueux a vu le jour.

Madame Hérout, fermière locale, aurait, sur les conseils d’un vacher suisse, ajouté de la crème à son bondon (fromage crémeux non salé) avant le malaxage pour obtenir une texture plus fondante. C’est en hommage à ce conseil avisé qu’elle nomma ce nouveau fromage « petit-suisse ».

Le succès du petit-suisse s’est ensuite affirmé lorsque Madame Hérout s’associa à Charles Gervais, qui créa en 1852 sa fromagerie à Ferrières-en-Bray pour en lancer la production à plus grande échelle.

Aujourd’hui encore, le petit-suisse est toujours produit sur le territoire, perpétuant cette tradition fromagère qui a contribué à la notoriété gourmande de la Normandie.

La pierre qui Tourne

Située dans la forêt de Lyons, près du hameau de Faute d’Argent, à Bézancourt, cette pierre est en fait un dolmen du Néolithique. Constituée de poudingue, une roche formée de petits cailloux agglomérés, elle témoigne d’une occupation très ancienne du territoire.

Autrefois, la Pierre qui Tourne oscillait légèrement sur sa base tous les cent ans, d’où son nom et les nombreuses légendes locales qui l’entourent. Les peuples gaulois présents autrefois dans la région lui prêtaient des pouvoirs mystérieux et ses mouvements leur permettaient de lire l’avenir.

Aujourd’hui, la pierre ne bouge plus. Elle fût scellée au XIXe siècle, après qu’un agent forestier cherchant un supposé trésor enfoui serait mort en tentant de la renverser.

Le pont de Coq

Ancien gué médiéval puis pont de pierre au XVIIe siècle, le Pont de Coq s’inscrivait dans l’axe stratégique Paris-Dieppe. En effet, il se situe sur l’axe du Chasse-Marée, chemin le plus court entre les 2 villes, permettant à l’époque d’acheminer du poisson frais dans la capitale.

Peu à peu oublié avec le temps, il fut inscrit aux Monuments historiques en 2004 et restauré par une association passionnée en 2017.

Ce petit pont cache aussi une légende locale ancienne. On raconte qu’un homme souhaitant construire un pont sans en avoir les moyens conclut un pacte avec le diable. Celui-ci s’engageait à bâtir l’ouvrage en une nuit, en échange de la première âme qui franchira ce fameux pont.

À l’aube, entendant son coq chanter, le pauvre fermier une idée ! Il se rendit devant la rivière, admira l’ouvrage diabolique et jetât son coq sur le pont en s’écriant « Satan, voilà ta récompense ! ». Le diable reparti alors furieux, avec l’âme du coq.

L’Oratoire Sainte Apolline

Situé sur la D156, à l’intersection de la route de Gournay et de la rue Sainte-Apolline, à Longmesnil, cet oratoire singulier attire depuis longtemps les curieux, les croyants et ceux qui souffrent de maux de dents.

La légende locale raconte qu’une prière adressée à Sainte Apolline pourrait suffire à apaiser la douleur. Le rituel va plus loin. La personne souffrante doit porter un vêtement ou un morceau de tissu pendant plusieurs jours, afin d’y « imprégner » sa souffrance. Ce tissu est ensuite attaché à l’oratoire comme une offrande symbolique. En échange de ce geste, on dit que la douleur s’envole et que la guérison commence.

Ce geste ancestral serait un héritage des traditions celtiques locales, où l’on accrochait des morceaux de tissu aux arbres sacrés, dans le but d’effectuer un transfert des souffrances ou d’absorber certaines vertus naturelles.

La poule de Gournay

Originaire de Gournay-en-Bray, la poule de Gournay est une race ancienne, reconnue pour sa rusticité et la finesse de sa chair, qui lui vaut le surnom de “Bresse Normande”. Officiellement, elle serait issue de croisements entre des races locales et scandinaves après les invasions vikings.

Avec son plumage noir caillouté de blanc, elle attire immédiatement le regard. Son dos large, sa poitrine développée et sa crête fine légèrement inclinée lui donnent une allure élégante.

La poule de Gournay est une bonne pondeuse, offrant entre 170 et 250 œufs blancs par an, pour le plaisir des amateurs d’œufs frais. Grâce à l’engagement de passionnés et d’éleveurs, la poule de Gournay a été sauvée de la disparition dans les années 1990, et une variété naine a même été créée en 2003. Aujourd’hui, cette poule incarne fièrement le patrimoine vivant du Pays de Bray, reflet des savoir-faire et de l’histoire rurale normande.

Pour l’anecdote, on raconte que jadis au cours d’un hiver très froid, une paysanne du Pays de Bray aurait couvert de suie le plumage blanc immaculé de ses poules afin de les faire passer pour des corbeaux dans le but d’échapper à l’impôt seigneurial. La neige tombant à gros flocons, les volailles se sont peu à peu recouvertes de petites taches blanches, donnant ainsi naissance à la race de Gournay.

La source de Forges-les-Eaux

Forges-les-Eaux est réputée pour sa station thermale. C’est en 1573 que Nicolas de Möy, seigneur local, observa les vertus curatives des eaux ferrugineuses jaillissant de la terre. Rapidement, le site devint un lieu de villégiature prisé, attirant les aristocrates de tout le royaume.

Mais la légende donne une dimension bien plus royale à cette histoire. On raconte que c’est à la suite d’un séjour à Forges que le roi Louis XIII et la reine Anne d’Autriche réussirent enfin à concevoir un héritier. Quelques mois plus tard, naissait Louis XIV, le futur Roi Soleil.

Dès lors, Forges-en-Bray — bientôt renommée Forges-les-Eaux — n’aura de cesse d’accueillir des visiteurs, désireux de profiter des bienfaits réputés de ses eaux thermales.

Au fil de ses vallées verdoyantes, de ses forêts profondes et de ses villages pittoresques, le territoire des 4 Rivières-en-Bray vous invite à un voyage entre patrimoine, nature et récits légendaires.

Ces histoires, parfois mystérieuses, parfois gourmandes, donnent une âme unique à nos paysages et transforment chaque visite en expérience mémorable.

Que vous soyez amateur de patrimoine, curieux d’anecdotes locales, amoureux de gastronomie ou simple promeneur, vous trouverez ici une terre riche en surprises.

Alors, la prochaine fois que vous emprunterez un sentier du Pays de Bray, que vous dégusterez un cœur de Neufchâtel, ou que vous croiserez un oratoire ou un vieux pont de pierre… laissez votre imagination vagabonder. Qui sait quelles légendes oubliées pourraient ressurgir au détour d’un chemin ?